Au train où vont les choses… Sud Ouest 20-12-12

Le comité de pilotage de l’étude pour la modernisation de la ligne Nantes-Bordeaux s’est réuni hier à La Rochelle. Usagers et syndicats ont voulu faire entendre leur voix.

Certaines voies et certains ballasts remontent à la Seconde Guerre mondiale, le matériel roulant est usé. (Photo XAVIER Léoty)

Certaines voies et certains ballasts remontent à la Seconde Guerre mondiale, le matériel roulant est usé. (Photo XAVIER Léoty)

Peanuts, simples réparations, replâtrage : les 2 millions d’euros de travaux engagés en 2013 sur la ligne La Rochelle-La Roche-sur-Yon ne déclenchent pas des tonnerres d’applaudissements dans les rangs des usagers de la ligne, des syndicats de cheminots ou des représentants des collectivités territoriales. « On n’est pas là dans la modernisation mais dans l’entretien, pour éviter que la voie ne se dégrade encore un peu plus », note Denis Leroy, chargé des transports à la Communauté d’agglomération de La Rochelle (qu’il représente au comité de pilotage).

Un comité de pilotage qui se réunissait hiers à huis clos à La Rochelle avec des représentants de Réseau ferré de France, de la SNCF et des collectivités territoriales (État, Régions, Départements, Communautés de communes…) concernées par cet axe ferroviaire qui fait couler tant d’encre depuis des années.

À huis clos mais pas sans que les représentants des usagers et des syndicats ne fassent entendre leur voix à l’entrée de la Direction départementale des territoires et de la mer.

Au prochain contrat de plan ?
On y parla donc peu de ce chantier de 2013, considéré comme dérisoire même s’il va entraîner de grosses perturbations pour les voyageurs. Il faut dire que 2 millions d’euros, c’est à peine 1 % de ce que nécessiterait la modernisation du seul tronçon La Roche-sur-Yon – La Rochelle. On n’est là ni dans les mêmes échelles de valeur, ni dans les mêmes échelles de temps : « Les études menées devraient nous permettre de nous inscrire dans le futur contrat de plan État-Région. Celui de 2014-2020. Mais, pour cela, il faut aller très vite parce qu’il y a beaucoup de candidats et peu d’élus dans ces contrats, qu’il faut être prêt pour 2013. Et 2013, c’est demain », note Benoît Groussin, vice-président de l’Association pour la promotion de la ligne Nantes-Bordeaux.

« Or, depuis la précédente réunion du comité de pilotage, voici dix-huit mois, on a l’impression que le dossier n’a pas beaucoup avancé. Qu’en est-il de l’étude sur le potentiel de trafic qui devait être réalisée ? »

Les usagers s’inquiètent de la lenteur des choses, les syndicats et les élus aussi : « À la Communauté d’agglomération de La Rochelle, notre position est claire : nous voulons que la double voie soit maintenue. Avec les gares de Bordeaux et de Nantes qui sont de gros points de correspondances, la mise en voie unique risquerait d’aggraver les retards qui sont déjà récurrents sur cette ligne, en raison de la vétusté des voies et du matériel roulant », poursuit Denis Leroy. Il répond en cela à une proposition de RFF qui estimait pouvoir réduire de moitié le coût de la modernisation avec la solution de la voie unique. « Faux, répondent en chœur usagers et syndicats. Car s’il y a voie unique, il y a multiplication de signalisations. Et chaque point de croisement coûte 10 millions d’euros. »

Denis Leroy ne veut pas entendre parler non plus « d’une solution de Nantes-Bordeaux par Tours en TGV », comme l’idée a été glissée un temps par RFF.

Poussée démographique
« Non, je ne crois pas qu’ils conserveront cette idée. Même la SNCF n’y croit pas. Parce qu’elle ne veut plus financer de TGV non rentable et qu’il n’y aurait aucun gain de temps. L’enjeu, nous l’avons dit et répété, c’est que Nantes-Bordeaux se fasse en trois heures et demie pour concurrencer l’autoroute », explique Jacques Ottaviani, président de l’APNB. L’un des arguments avancés pour cette modernisation, c’est la poussée démographique de toutes les régions du littoral. Elle plaide évidemment pour une relance de cette ligne à laquelle la SNCF et RFF ont tourné le dos depuis leur politique du tout TGV depuis Paris.

Visiblement, si l’on en croit l’ensemble des acteurs présents hier à La Rochelle, la volonté est là. Mais l’argent, non.

« 220 millions d’euros pour 100 kilomètres, c’est beaucoup mais cela reste quatre fois moins que le tronçon autoroutier de 60 kilomètres entre Rochefort et Fontenay », fait remarquer l’un des usagers.

Pour remplir la corbeille, RFF et la SNCF se sont naturellement tournées vers les collectivités concernées qui traversent toutes une crise financière importante liée à l’endettement de l’État. Ces mêmes collectivités à qui l’on a demandé par ailleurs de mettre la main à la poche pour la réalisation de la LGV, qui sont engagées dans les liaisons cadencées…

Restera-t-il des sous pour Nantes-Bordeaux ? « Sur le plan du matériel roulant, on pourrait se servir des locomotives toutes neuves achetées pour le fret et qui ne servent presque jamais », propose notamment la CGT des cheminots.

« Cet axe est essentiel et j’espère que mes collègues du Conseil général, très préoccupés par l’étoile de Saintes et l’arrivée du TGV à Poitiers, ne l’oublient pas. Je ne manquerai pas de leur rappeler demain (NDLR : aujourd’hui) », ajoute Denis Leroy par ailleurs conseiller général.

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